Nucléaire : avant même le lancement des six EPR 2, les territoires se positionnent déjà pour accueillir huit réacteurs supplémentaires

Nucléaire : avant même le lancement des six EPR 2, les territoires se positionnent déjà pour accueillir huit réacteurs supplémentaires

Alors que les six premiers EPR 2 sont prévus à Penly, Gravelines et au Bugey, une nouvelle étape se prépare déjà dans la politique énergétique française : six territoires défendent leur candidature pour accueillir huit réacteurs nucléaires supplémentaires. L’État doit départager les sites d’ici à la fin de 2026, avec au plus quatre implantations retenues.

Ce calendrier révèle l’ampleur de l’arbitrage à venir. Il ne s’agit pas seulement de choisir des terrains : chaque implantation nucléaire engage des investissements de long terme, des infrastructures et des collectivités dans une trajectoire qui pèse sur la production d’électricité.

EPR 2 supplémentaires : six territoires candidats pour huit réacteurs nucléaires

Les candidatures concernent des centrales nucléaires déjà en activité ou des sites liés à l’histoire du parc français. Nogent-sur-Seine, Golfech, Tricastin, le Blayais, Creys-Malville et Chinon sont ainsi en lice. Le schéma étudié repose sur des installations par paires : huit unités pourraient donc être réparties sur quatre sites au maximum.

Cette configuration explique pourquoi six candidatures ne signifient pas six chantiers. Comme le résume cette présentation des sites envisagés pour les EPR 2, la sélection doit associer les contraintes propres à chaque territoire aux besoins d’ensemble du programme nucléaire.

Territoire candidatDépartement ou zoneEnjeu de la candidature
Nogent-sur-SeineAubeAccueillir une paire de nouveaux réacteurs sur un site nucléaire existant
GolfechTarn-et-GaronneFaire valoir la capacité du site à intégrer une nouvelle implantation nucléaire
TricastinDrôme et VauclusePrésenter un dossier territorial pour de nouvelles unités
BlayaisGirondeSe positionner pour une éventuelle paire d’EPR 2
Creys-MalvilleIsèreDéfendre la candidature d’un territoire marqué par l’histoire nucléaire
ChinonIndre-et-LoireÉtudier l’accueil de nouveaux réacteurs sur un site nucléaire existant
avant même le lancement des six epr 2, des territoires se positionnent déjà pour accueillir huit réacteurs nucléaires supplémentaires.

Des candidatures locales face à un arbitrage national

Les collectivités cherchent à inscrire leur territoire dans une programmation dont les effets dépassent le seul chantier. L’arrivée éventuelle d’une paire d’unités peut mobiliser des entreprises, des salariés et des équipements locaux ; elle suppose aussi d’évaluer les capacités d’accueil et les contraintes liées à la durée des travaux.

Le dossier du Tricastin, remis au président de la République selon les informations publiées en septembre, illustre cette mobilisation en amont. Les démarches engagées par le territoire montrent que la compétition se joue aussi dans la préparation des candidatures, avant toute décision définitive.

Sites d’accueil des EPR 2 : les critères derrière le choix des territoires

La sélection devra tenir compte de facteurs interdépendants : l’organisation du site, les réseaux nécessaires, la disponibilité des compétences et l’articulation avec les installations existantes. Ces éléments déterminent la faisabilité d’un projet industriel, mais aussi la façon dont ses coûts et ses retombées se répartissent entre acteurs publics et privés.

Pour une entreprise locale hypothétique, par exemple un sous-traitant spécialisé dans la maintenance industrielle, une candidature retenue pourrait ouvrir des perspectives de marchés. Mais celles-ci dépendraient du calendrier réel, des qualifications requises et de la capacité des donneurs d’ordre à sécuriser les contrats : l’annonce d’un site candidat ne vaut donc pas commande ferme.

Le calendrier des six premiers réacteurs reste déterminant

La perspective de huit unités supplémentaires intervient alors que le programme initial de six EPR 2 n’a pas encore été lancé dans son ensemble. Penly, Gravelines et le Bugey constituent les sites prévus pour cette première vague ; leur progression donnera des indications concrètes sur les coûts, les délais et la capacité de la filière à mener plusieurs projets de front.

Le retour d’expérience de Flamanville rappelle que les grands chantiers nucléaires sont exposés aux retards et aux dépassements de coûts. Pour la nouvelle génération, la maîtrise de la conception et de l’exécution pèsera donc autant dans l’évaluation économique que le choix géographique. Un point de situation sur les étapes restant à franchir pour Gravelines souligne que les décisions administratives ne suffisent pas, à elles seules, à déclencher un chantier.

Nucléaire et transition énergétique : les enjeux économiques de la seconde vague

Le développement de nouveaux réacteurs s’inscrit dans une stratégie de production d’électricité pilotable et de long terme. Il engage des financements importants, tandis que la soutenabilité budgétaire et la répartition des risques entre l’État, EDF et les autres acteurs restent des questions centrales pour la politique énergétique.

Pour les territoires candidats, l’enjeu est également de transformer une candidature en projet crédible, sans confondre retombées attendues et bénéfices acquis. Les besoins de formation, de logement ou de transport pourront être examinés à mesure que les études avanceront, mais leur ampleur dépendra du site finalement retenu et du calendrier de réalisation.

La décision attendue d’ici à la fin de 2026 devra ainsi articuler ambition industrielle, contraintes locales et crédibilité économique. Les huit réacteurs supplémentaires restent une option étudiée : leur concrétisation dépendra à la fois du choix des sites et de la capacité à tenir les engagements du programme des six premiers EPR 2.

Franck Pélissier

En tant qu’analyste économique et financier, je décrypte les mécanismes profonds qui gouvernent nos économies, des politiques budgétaires aux structures des marchés. Mon parcours m’a conduit à travers l’enseignement, la finance institutionnelle et la réflexion macroéconomique, avec pour ambition de relier connaissances historiques et défis contemporains.