Les territoires doivent prendre en main leur ouverture à l’international !

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logo_parcoursfrance20151Antoine Colson est le cofondateur de Parcours France, société dédiée à l’analyse et à la communication économique des territoires. Cette tribune est parue dans Les Echos.

Les territoires sont de plus en plus actifs sur le plan diplomatique, notamment en repensant leurs accords de jumelage. Une bonne chose pour l’attractivité économique de notre pays et l’ouverture de notre économie.

En 2014, le président chinois Xi Jinping a choisi de débuter à Lyon sa première visite officielle en France. Placée sous les feux des projecteurs, la capitale des Gaules récolte ainsi les fruits d’un intense et long travail diplomatique. Ces bonnes relations avec la Chine (Lyon a reçu 4 Présidents chinois depuis 1975) sont aussi bien le travail d’acteurs publics (Grand Lyon, Région) que privés (notamment des laboratoires Mérieux). Elles sont également entretenues par de nombreuses visites croisées de délégations officielles et d’entreprises, ou encore par l’accueil chaque année de 3 000 étudiants chinois entre Rhône et Saône…

Cette « diplomatie des territoires » a été confirmée par le livre blanc dévoilé en novembre 2016 par le Ministère des Affaires Etrangères. Ces actions y sont qualifiées « d’enjeu majeur d’attractivité et de rayonnement pour les territoires et pour la France » qui permettent « la diffusion de l’expertise française à l’étranger ». Cette diplomatie des territoires est également au coeur de nombreux dispositifs européens qui visent à créer des passerelles entre villes et régions du continent. Au-delà des symboles d’ouverture et d’échanges, ce travail peut aussi être un formidable outil d’attractivité et de développement économique pour les territoires qui s’en saisissent.

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Des territoires coincés à l’international, entre timidité et jacobinisme

Pourtant, beaucoup de territoires peinent à construire leur démarche à l’international. Créer des passerelles à l’étranger est un défi majeur, économique et culturel dont tous les acteurs territoriaux, privés et publics doivent se saisir. Les PME tout d’abord, qui sont trop peu nombreuses à exporter et à investir à l’étranger. L’internationalisation de l’économie française repose encore trop largement sur ses grandes entreprises (52 % des exportations françaises en 2014 d’après le Trésor). D’après une étude menée par Fedex en 2015, seulement 32 % des PME françaises sont actives à l’international – contre 49 % et 41 % des PME espagnoles et italiennes. Les investissements étrangers en France peinent aussi à profiter à l’ensemble des territoires. En 2015, 46 % des entreprises étrangères implantées en France étaient basées en région parisienne ! À l’exception de Paris et de certaines grandes métropoles régionales, notre offre économique territoriale est souvent perçue comme illisible à l’étranger. Le mille-feuille français, les timidités à sortir de nos bases, la centralisation de nos outils à l’international (Business France notamment) et les difficultés à fédérer une démarche de promotion économique expliquent en partie ces difficultés. Un coup d’oeil rapide aux sites internet des nouvelles régions vous le confirmera : presque aucun ne dispose de pages en anglais ! Et de nombreuses agglomérations d’envergure n’ont pas d’interlocuteur dédié aux questions internationales…

Repenser les jumelages au niveau économique ?

La coopération décentralisée (dont les jumelages sur les panneaux de nos communes sont la partie la plus visible) est sans doute un puissant accélérateur pour la visibilité et la promotion économique des territoires à l’international. Au-delà du banquet annuel avec les retraités amis d’outre-Rhin, ces démarches peuvent en effet conduire à des projets à forte valeur ajoutée. Les jumelages sont de plus en plus pris au sérieux – au point de faire partie des critères retenus chaque année par AT Kearney dans son classement annuel des « Global Cities ». Malgré les contraintes budgétaires, les collectivités investissent ainsi de manière croissante dans ces nouvelles coopérations (entre 700 MEUR et 1Md EUR par an) car elles perçoivent que ces partenariats peuvent avoir un impact économique pour leur territoire. Le Grand Lyon a ainsi mis en place 128 initiatives à l’international dont 89 en Europe : du programme Bigbooster qui emmène les startups lyonnaises aux États-Unis en passant par les partenariats avec Francfort autour des sciences de la vie ou avec Yokohama autour de la smart city… Les réseaux thématiques de villes rencontrent également un succès croissant. Cette année Toulouse assurera la présidence des « Ariane Cities », un réseau de villes actives dans le secteur spatial. De 2015 à 2016, Nantes était pour sa part à la tête du réseau « Eurocities » dont elle a fait un levier essentiel de son image à l’étranger. Ces initiatives ne sont d’ailleurs pas limitées aux grandes métropoles. En Bourgogne, Montceau profite de ses liens avec Ravensburg pour envoyer chaque année des élèves en stage dans des entreprises allemandes.

Un certain nombre d’ingrédients semblent assurer le succès de ces initiatives. La plupart d’entre elles s’appuient sur des liens déjà à l’oeuvre localement : la présence d’entreprises étrangères, l’existence de flux particuliers à l’export, l’accueil d’étudiants étrangers, une histoire ou des filières communes… Elles enrichissent également ces relations d’une véritable diplomatie territoriale, sous la forme de visites de délégations officielles ou d’entreprises, de missions à l’étranger, d’événements communs, etc. Enfin, elles font l’objet d’un véritable agenda et d’une démarche volontariste qui fédère entreprises, associations et acteurs publics. Si Bordeaux peut s’appuyer sur une marque mondialement reconnue, la métropole n’en a pas moins défini un agenda international précis et ambitieux autour de pays et de secteurs économiques ciblés. En mettant autour de la table les acteurs économiques du territoire, en créant un réseau d’ex-Bordelais (« Bordeaux Alumni »), en misant sur un réseau d’une vingtaine de villes partenaires, la capitale aquitaine entend se positionner parmi les métropoles européennes qui comptent… Et si les classements dans nos magazines sont flatteurs, le travail à accomplir à l’international reste considérable. Au classement des villes et régions européennes 2016/2017 de la revue FDI (qui fait référence en matière d’attractivité économique), les territoires français peinent à faire leur apparition dans le top 10.

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