L’Imagerie d’Epinal: à 220 ans, elle prend un nouvel envol! C’était au Business Club (podcast)

Publié le Mis à jour le

BFM-BU-RADIODans le Business Club de France | Uniquement sur BFM Business Radio

→ Diffusion : samedi 5/03/2016 à 7h | dimanche 6/03/2016 à 15h

TALK 1: L’IMAGERIE D’ÉPINAL reprise par deux entrepreneurs de la région

TALK 2: WEEN lève 2 millions de dollars pour lancer son thermostat en France et aux Etats-Unis

TALK 3: CHICTYPES vise un CA de 50 millions € d’ici 3 ans

TALK 4: Le rendez-vous du médiateur des entreprises, avec Pierre Pelouzet

TALK 1: L’IMAGERIE D’ÉPINAL, avec Pacôme Vexlard, président et Christine Lorimy, directrice associée

Ecouter, réécouter et télécharger cette interview:

Imagerie_d_Epinal_logo_compact_HD.jpgL’Imagerie d’Épinal est la plus célèbre et la dernière en activité en Europe, héritière d’un patrimoine inestimable, constitué au fil des générations depuis 1796. Reprise en 2014 par deux entrepreneurs locaux, Pacôme Vexlard et Christine Lorimy, elle trouve aujourd’hui un nouveau souffle via notamment la collaboration avec des marques et des créateurs de renom, et l’ouverture d’une boutique à Paris.

IE_label_220ans.jpgDerrière la reprise de l’Imagerie d’Épinal en août 2014, réalisée avec le soutien de la SEM de l’agglomération Epinal Golbey, on retrouve deux personnalités, Christine Lorimy et Pacôme Vexlard. Originaires tous deux de la région mais faisant « carrière » à Paris, leur parcours mutuel ne les prédestinait pas à reprendre une imagerie âgée de près de 220 ans… Pourtant en y regardant de plus près, il y a une vraie cohérence, et c’est devenu comme une évidence. Explications.

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Christine Lorimy et Pacôme Vexlard ont racheté l’Imagerie d’Epinal en 2014

CHRISTINE LORIMY

Née à Vesoul, de solides racines vosgiennes par son grand-père paternel, une scolarité à Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône) puis des études à l’Institut Commercial de Nancy… La région d’Épinal, Christine connait. Les opportunités professionnelles l’ont pourtant menée à Paris où elle poursuit un parcours commercial-marketing dans de grandes entreprises. Ses dernières armes, elle les fait au sein du groupe La Poste en tant que directrice de la stratégie et de la marque, puis directrice du développement chez vente-privee.com, avant de monter son cabinet de conseil en stratégie. Christine déteste les sentiers balisés, et préfère pousser des portes pour voir ce qui se cache derrière. Elle a toujours eu envie d’entreprendre, mais il lui a fallu passer par de grands groupes, où on lui confiait surtout des missions de transformation et de défrichage, pour se l’avouer. Avec l’Imagerie d’Epinal, elle réalise un vieux rêve. Elle est l’auteur d’un livre de chroniques humoristiques sur l’entreprise, Thérèse au placard (Ed. Michalon).

« Avec Pacôme, nous partagions déjà de nombreuses missions de conseil, car nos profils sont très complémentaires et notre vision toujours alignée. Nous associer pour reprendre l’imagerie est devenu naturel. L’Imagerie d’Épinal n’est pas une entreprise comme les autres. Elle est patrimoniale, elle appartient un peu à l’imaginaire collectif français. Nous en sommes en quelque sorte les garants. Notre but est d’inventer l’image d’Épinal contemporaine. JC Pellerin, son fondateur, était un entrepreneur visionnaire. Il a aussi osé casser les codes de l’imagerie traditionnelle pour innover. Le même état d’esprit nous anime. »

imagerieEpinal.jpgPacôme VEXLARD

Originaire de Rambervillers (Vosges), où il grandit dans un milieu familial stimulant qui lui apprend à être autonome et indépendant, il développe d’abord une passion pour le handball, tout en réussissant à décrocher (tout de même) son bac. Mais les études longues ou même courtes ne sont pas son truc. Il suit son frère Arnaud à Paris et découvre par hasard le monde balbutiant d’Internet, que beaucoup de professionnels considéraient alors comme un gadget. Le digital devient un autre et merveilleux terrain de jeu pour Pacôme, dans un rôle de pilier-défricheur pour le compte de grands groupes et d’institutions, jusqu’au bureau du Premier Ministre de l’époque. Il fait des rencontres marquantes, comme celle de Philippe Andrevon, avec qui il travaille toujours depuis 16 ans, actuel directeur de création à l’imagerie, ou de l’artiste CharlElie Couture dont il est le manager artistique et agent developer.

« Je n’ai eu de cesse que de faire confiance aux rencontres et aux opportunités qui se sont présentées pour enchainer les projets dans le secteur numérique puis dans la communication, le marketing, l’édition, les arts avec la rencontre de CharlElie, mais aussi dans l’accompagnement de jeunes et moins jeunes entrepreneurs dans leurs montages de projets. Aujourd’hui l’Imagerie d’Épinal rassemble tous ces secteurs et me stimule. La « belle endormie » comme nous aimons l’appeler avec Christine, a des ressources et un potentiel incroyables que nous voulons (re)développer. » (source: L’imagerie d’Epinal)

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Dans l’atelier de l’Imagerie d’Epinal

ACTUALITÉ

  • Forte du succès de sa récente boutique éphémère à Paris (de début novembre à début janvier), l’Imagerie d’Epinal (Vosges) envisage l’ouverture d’une boutique permanente dans la capitale dès cet automne.

« Commercialement, cela a très bien fonctionné », s’est réjoui le PDG, se félicitant du « renouveau de la clientèle ». « 40% de notre clientèle est désormais étrangère, âgée de 20 à 40 ans », a-t-il dit.

« Nous en sommes à la phase de budgétisation », a expliqué M. Vexlard, à la recherche d’un local.

La future boutique proposera la vente de lithographies numérotées – savoir-faire maître de l’entreprise – ainsi que des objets dérivés. « Nous disposons d’un fonds iconographique historique pléthorique, vieux de 220 ans, à exploiter », a expliqué le PDG, qui compte décliner les images en produits de papeterie ou d’arts de la table.

Il souhaite ouvrir des points de vente dans d’autres grandes villes de France, ainsi qu’à Londres, Bruxelles ou Tokyo. « On est en train de renaître », s’est félicité M. Vexlard.

  • En plein développement, l’entreprise a également annoncé sa volonté d’ouvrir « une petite partie » de son capital à des investisseurs privés. « Une dizaine d’entrepreneurs se sont déjà portés candidats », a précisé M. Vexlard.

 

epinal-1.jpgL’HISTOIRE DE L’IMAGERIE D’ÉPINAL

L’Imagerie d’Épinal est la plus célèbre et la dernière en activité en Europe, héritière d’un patrimoine inestimable, constitué au fil des générations depuis 1796.

Au XVIIIème siècle jusqu’à l’aube du 20ème siècle, les imageries ont joué un rôle majeur dans la transmission du savoir populaire, l’illustration des événements politiques et historiques, la culture religieuse (images pieuses), les loisirs et l’éducation des enfants. Il y en avait un peu partout en Europe et en France (Paris, Rouen, Chartres, Cambrai, Lille, Orléans, Toulouse…), se concentrant peu à peu dans l’Est (Metz, Nancy, Pont-à-Mousson…) à proximité des producteurs de papier.

Alors que la photographie n’en était qu’à ses balbutiements, les imageries étaient tout à la fois éditeurs, imprimeurs, libraires, agences de publicité, créateurs de jeux… Elles employaient des artisans graveurs sur bois (comme le réputé François Georgin à Épinal), sur métal puis sur pierre, des enlumineurs, des dessinateurs et caricaturistes de grande qualité (Pinot, Rabier, Caran d’Ache, O’Galop, Ensfelder, Ballan, Pacher, Borel…) qui préfigurent les dessinateurs de presse et auteurs de BD modernes. Elles diffusaient leur production via un réseau de boutiques et de colporteurs de village en village. Ce fut le premier « media » de masse par l’image.

Les images d’Épinal sont indissociables de la légendaire Fabrique Pellerin fondée en 1796. Elle rayonna sur tout l’Est de la France puis au niveau national, rachetant ses concurrentes et rivalisant souvent avec les meilleurs éditeurs parisiens. D’autres imageries en Europe s’en inspirèrent (Milan, Liège, Neu-Ruppin…). À l’origine, il y a Jean-Charles Pellerin (1756 – 1836), marchand cartier-dominotier (cartes à jouer et feuilles de jeux). Souhaitant devenir « imagier », il reprend les techniques du bois gravé pour le dessin et du coloriage au pochoir, en les associant à la fameuse presse de Gutenberg. Le voilà imprimeur-éditeur, et, en bon commerçant, il colle à la demande d’alors : des images saintes, puis des planches de soldats napoléoniens. Devant leur succès, il édite les grandes batailles, des portraits de l’Empereur, suivies bientôt par l’illustration des contes de Perrault et des Fables de la Fontaine. C’est le début de la grande aventure des images pour la jeunesse, l’un des grands « best sellers » de la maison.

La petite entreprise artisanale devient au fil des ans une « fabrique » d’images renommée et innovante. Les descendants Pellerin poursuivent l’œuvre, en développant à la fois sa création (brochures, chansons, jeux de société, constructions, albums, etc.) et son rayonnement au-delà des frontières. Ils adaptent les techniques, passant à partir de 1850 des bois gravés à la lithographie (gravure sur pierre) et aux machines à colorier pour de bien plus grands tirages. L’Imagerie passe à un stade industriel : une image pour la machine à coudre Singer est ainsi éditée à 500 000 exemplaires ! À son apogée, l’Imagerie d’Épinal emploie plus de 150 salariés et produit 12 à 13 millions de planches, avec des éditions en langues étrangères qu’elle exporte autant vers l’Amérique que la Russie des tsars.

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Le chat du bottier de Joann Sfar, pour l’Imagerie d’Epinal

Le XXème siècle, après la Grande Guerre, fut plus difficile pour l’imagerie Pellerin, avec l’arrivée de la radio, du cinéma puis de la télévision, s’en sortant grâce à son fonds exceptionnel et aux fameuses devinettes publicitaires. En 1984, la maison Pellerin, en grande difficulté malgré la contribution d’auteurs de BD célèbres comme Fred, Tardi, Veyron, Margerin ou F’murr, est reprise par un groupe de 51 actionnaires locaux qui la préservèrent pendant 30 ans notamment en faisant appel à de nouveaux talents et quelques grandes signatures telles François Schuiten et Joann Sfar. La direction de l’entreprise est alors très économe et investit peu dans le développement. L’Imagerie d’Épinal devient alors au fil du temps un écomusée.

En 1989, l’imagerie adapte ses réalisations aux techniques d’impression les plus modernes mais rompt, du fait, avec les techniques historiques de l’atelier ; l’orientation artistique est elle aussi éloignée de celle des origines.

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