Économie numérique, Mooc, tendances… La France est-elle en retard ? Business Club Spécial avec G.Mamou-Mani, G.Babinet et T.Debarnot

Publié le Mis à jour le

C’était au Business Club de France sur BFM Business Radio

Diffusion jeudi 20/2/14 à 21h | samedi 22/2/14 | dimanche 23/2/14

Émission Spéciale « Économie Numérique : pourquoi la France ne doit pas rater le train du numérique ? »

Avec :

Guy Mamou-Mani | Président du Syntec Numérique | Président du groupe Open 

Gilles Babinet | entrepreneur | Digital Champion | Auteur de « L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité »

Thierry Debarnot | Cofondateur  de Digischool

Ecoutez, réécoutez ou téléchargez le podcast:

[audio http://podcast.bfmbusiness.com/channel151/20140220_club_0.mp3]

On ne vit pas une série de crises, mais une révolution. Soit on cherche à en tirer les bénéfices, soit on décline. Guy Mamou-Mani
Guy Mamou-Mani
Guy Mamou-Mani

Le Syntec Numérique,est un  syndicat professionnel qui représente l’essentiel de l’industrie numérique en France. Il ne cesse de tirer la sonnette d’alarme sur les problèmes d’emploi et de formation, qui constituent un grand frein au développement du secteur. Début 2014, son président Guy Mamou-Mani ne s’est pas contenté de revenir sur la question. Il a aussi présenté son plan d’action aux pouvoirs publics.

1 – SENSIBLISER TOUTE LA POPULATION

Sensibiliser l’ensemble de la population aux technologies de l’information en incluant le numérique à tous les niveaux du système éducatif.  » Le numérique doit être présent tout au long du cycle éducatif, depuis la maternelle jusqu’au doctorat « ,

2 – PLUS DE DIPLÔMÉS POUR LA FILIÈRE

La deuxième proposition concerne les filières d’enseignement supérieur de Bac+2 à Bac+5. Le Syntec Numérique propose d’augmenter le nombre de diplômés dans ces filières. « Il faut remplir les capacités disponibles de façon à résorber les besoins de recrutement du secteur. Car le problème de recrutement est une réalité à laquelle toutes les entreprises du numérique, de la petite start-up aux grandes ESN, sont aujourd’hui durement confrontées. »

3 – ADAPTER LES COMPÉTENCES DES SALARIÉS

La troisième proposition vise les salariés des entreprises. L’objectif est de leur faciliter l’accès à la formation interne pour adapter leurs compétences autant à l’évolution technologique rapide du secteur qu’aux besoins mouvants de leurs employeurs.

4 – FORMER LES CHÔMEURS EN FONCTION DES OFFRES D’EMPLOI

Il existe un chômage croissant dans le numérique, et ce, en dépit de la pénurie de compétences sur le marché. Le Syntec Numérique reconnaît le problème et estime le nombre de demandeurs d’emploi dans le secteur à 38 000.  Il propose de s’inspirer de l’opération « Pen Breizh » pour former des jeunes chômeurs, sélectionnés par Pôle Emploi, en fonction des besoins spécifiques exprimés par des entreprises.

5 – FORMER LES JEUNES EN DÉCROCHAGE SCOLAIRE AUX MÉTIERS OPÉRATIONNELS DU NUMÉRIQUE

La cinquième proposition se penche sur le cas des 200 000 décrocheurs scolaires par an. En partenariat avec une grande banque, le Syntec Numérique veut monter des opérations qui consistent à aller chercher dans les banlieues et quartiers difficiles des jeunes en décrochage scolaire pour les former à des métiers opérationnels du numérique. « Nous savons que dans le numérique, beaucoup peuvent réussir sans le Bac ou diplôme d’ingénieur, explique Guy Mamou-Mani. Il suffit pour cela d’être motivé et d’être attiré par les technologies du numériques. »

Source : Usine Nouvelle

Avec le numérique, on pourrait avoir le beurre et l’argent du beurre : simplifier la vie des entreprises, réduire les dépenses de l’État, tout en développant notre filière numérique. Car la France doit transformer son économie et se numériser pour devenir compétitive. Cela ne pourra se faire que si l’État se modernise. Prenons l’exemple de la santé, vous voulez augmenter le confort du malade, la qualité des soins, réduire les coûts, vous n’avez pas d’autres solutions que la télémédecine ! Et on peut, ainsi, trouver une réponse numérique à tous les grands enjeux de la France ! 

"Gutenberg a changé le monde. Avec Internet, c’est pareil, mais en plus fort." Gilles Babinet

Gilles Babinet - LivreGilles Babinet, entrepreneur dans le domaine du numérique, a créé de nombreuses sociétés. Il a aussi été de 2011 à 2012, le premier président du Conseil national du numérique. EN juin 2012, il est nommé « Digital Champion » et représente la France auprès de la Commission européenne pour les enjeux du numérique. Il est l’auteur de Pour un new deal numérique (Institut Montaigne 2013)

Dans son dernier livre, l’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité, Gilles Babinet estime que l’humanité aura été touchée par trois découvertes : le feu, l’imprimerie et le numérique.

Ce constat est vécu d’un bout à l’autre de la planète, mais, en France, il bouscule profondément notre organisation jacobine. « Nous sommes dans l’ère du crowd. Tout le monde doit participer à la société. C’est la promesse du numérique. » Le problème est que pour s’y lancer, il faut une impulsion au plus sommet de l’État pour appréhender les changements qui s’imposent. Pour l’auteur, cinq domaines sont prioritaires : la connaissance, l’éducation, la santé, la production et l’État.

« Le problème de fond est que nos dirigeants n’ont pas de vision malgré le fait qu’ils soient des utilisateurs de matériels et de services numériques », regrette-t-il. « Ce qui nous pénalise, c’est cette absence de culture numérique » qui ne permet pas de faire face à cette « révolution qui ne fait que commencer ».

En disant cela, Gilles Babinet fait allusion à ces secteurs de l’économie confrontés à une nouvelle concurrence qu’ils ne comprennent pas. Récemment, cette situation est apparue au grand jour dans plusieurs secteurs d’activités : la pharmacie, les opticiens, les librairies, la presse, les taxis. Et ce n’est qu’un début!

Quels sont les secteurs qui vont être le plus « bouleversés » par cette révolution ? 

C’est d’abord l’éducation qui va exploser dans son modèle actuel. Quand 22.000 personnes, situées partout sur terre, accèdent aux mêmes connaissances que les 180 élèves d’un cours de Stanford, grâce aux cours en ligne -les MOOC-  on conçoit qu’une révolution est en cours. Il va en être de même pour la santé qui, dans les pays en développement, ne pourra pas copier notre système. Un exemple, grâce au numérique, l’automédication ne devrait plus être un gros mot, mais deviendrait la norme. La santé moderne c’est très vraisemblablement une bien meilleure connaissance du patient grâce à beaucoup plus de capteurs et de données, beaucoup plus de prévention et finalement beaucoup moins de chimie. Regardons simplement l’efficacité de Google Flu, permettant de prédire l’avancée des épidémies pour se convaincre de l’efficacité du numérique dans la santé.

DigischoolDIGISCHOOL avec Thierry Debarnot

    • Activité : leader de l’éducation numérique
    • Date de création : 2011
    • Lieu : Lyon (siège) + bureau commercial à Paris
    • CA : 3,5 millions
    • Effectif : 40
    • 3,5 millions de membres à date

DigiSchool est devenu en 7 ans le 2ème acteur du monde de l’éducation sur Internet (source Nielsen Mediamétrie NetRatings Janvier 2013). 

Créée en 2011, DigiSchool est issue de la fusion des sites Marketing-etudiant.fr et la Mooche.com, respectivement lancés en 2005 par Thierry Debarnot et Anthony Kuntz.

A l’heure actuelle, Digischool dispose d’un réseau thématique présentant divers contenus éducatifs à destination des élèves quels que soient leur niveau ou leurs spécialités (Brevet, Bac L, ES, S, STMG, Pro…). DigiSchool propose également une plateforme d’aide aux devoirs, un répertoire d’exercices ou encore des bibliothèques collaboratives.

La société surfe en outre sur la vague MOOC (Massive Open Online Course) avec la mise à disposition de cours ciblant un public plus large. Contrairement aux modèles existants, DigiSchool s’est inspiré de la plateforme de crowfunding Kickstarter pour son nouveau service MOOCStarter. L’idée est de permettre aux membres du réseau ou à des professeurs de soumettre l’idée d’un cours. Celle-ci est ensuite passée en revue par DigiSchool, et, après approbation, elle est soumise au vote de la communauté. Le MOOC sera créé lorsque cette proposition aura atteint un taux d’intérêt suffisamment élevé ou si elle s’avère particulièrement originale au regard de la concurrence.

C’est quoi le MOOC ? 

Nés aux Etats-Unis, les Massive Open Online Courses sont des cours mis en ligne par des universités et des grandes écoles en libre accès et gratuits. Ils sont constitués de cours sous forme de texte et de vidéo de professeurs dispensant leurs cours comme ils le feraient devant un amphithéâtre. Des exercices sont également proposés et les élèves peuvent interagir avec les enseignants et les autres étudiants. Depuis plusieurs années, les MOOC se sont développés à travers le monde notamment aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Unis. Face à l’outre-Atlantique, la France est à la traîne mais compte aujourd’hui rattraper son retard. Attention ce nouveau type d’enseignement ne donne lieu à aucun diplôme. En cas de réussite de la formation, seul des certificats pourront être délivrés.

A qui s’adresse-t-il ? 

Les MOOC sont ouverts à tout le monde, sans condition de diplôme ou de statut (pas besoin d’être étudiant). Certains cours nécessitent toutefois quelques notions dans la formation suivie.

Que représentent les MOOC dans le monde ?

Les Moocs (en français : cours massifs ouverts en ligne) ont le vent en poupe mais le meilleur reste à venir. Si Deloitte prévoit une hausse de 100% des inscriptions à des cours en ligne comparé à 2012 (avec 10 millions de cours en ligne), le cabinet a remarqué que peu d’inscrits allaient jusqu’au bout et validaient ces cours, qui ne représenteront ainsi que 0,2% des cycles complets d’études en 2014. Deloitte pense toutefois que ces cours en ligne peuvent représenter jusqu’à 10% des cours dispensés dès 2020 à condition de réinventer leur pédagogie. «Ils ne viendront pas concurrencer Sciences Po ou HEC», nuance Duncan Stewart. Ils concerneront majoritairement ceux qui n’ont pas accès à l’enseignement traditionnel pour des raisons financières ou géographiques, et les formations en entreprise.

Quel est le modèle économique des MOOC ? 

Si les MOOC sont par définition gratuits, il existe un certain nombre de manières de les monétiser. Jusqu’à présent, la principale a été la certification. Si l’accès aux ressources pédagogiques, aux forums de discussion et aux exercices est pour l’essentiel gratuit, les certificats authentifiés sont systématiquement payants. En effet, obtenir un certificat de MOOC est en général gratuit, mais dès lors que l’on souhaite en augmenter la crédibilité en authentifiant son identité, il faut payer une petite somme, comprise en général entre 30 et 150 euros.

De son coté, Digischool continue  de miser notamment  sur la publicité.

DigiSchool a trois sources de revenus :

– Commercialisation de dispositifs publicitaires complets aux écoles et aux grandes marques (Google, Microsoft, banques, Redbull, etc)

– Vente en B2C de services et contenus premiums (abonnements)

– Mise à disposition de leurs technologies en marque blanche (par exemple pour Samsung)

Que fait la France dans ce domaine ?  

Depuis le 16/1, les Français peuvent suivre des cours en ligne interactifs et gratuits sur les MOOC (Massive Open Online Courses) de la plateforme de France université numérique (FUN) . Le ministère de l’Enseignement supérieur a d’ailleurs débloquer 8 millions d’euros pour le développement de ces formations. Une manière de rattraper le retard des universités françaises en terme d’enseignement numérique.

Un MOOC à la française qui ne semble pas avoir convaincu Gilles Babinet et Guy Mamou-Mani

Dans une tribune publiée dans le Huffintong Post :

De nombreux acteurs, start-ups et grands groupes industriels y travaillent. Ils attendaient de connaître les propositions de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, en matière de collaboration, de partenariat et de projets avec le monde universitaire. Quelle ne fut pas leur surprise d’appendre qu’une solution intégrée a été finalement retenue, développée verticalement, avec le support de l’Inria, l’Institut national de recherche en informatique.

Il y a lieu de s’inquiéter d’une telle décision. En effet, même aux Etats-Unis, pays leader s’il en est dans cette révolution éducative, aucune université américaine n’a pris le risque de se lancer seule dans une telle aventure. Et même si beaucoup d’entre elles en ont les moyens, pour ainsi dire toutes ont choisi de s’associer avec des start-ups, spécialisées dans l’ingénierie pédagogique, et développant des plateformes recelant des trésors d’ingéniosité.

Il ne s’agit pas d’affirmer ici, par dogmatisme, une quelconque suprématie naturelle des acteurs du privé par rapport à ceux du public ; ni encore de défendre, de façon corporatiste, des intérêts particuliers. Simplement, dans un contexte où tout reste à imaginer, où l’innovation pédagogique, technologique et des usages pourrait faire la différence, force est de reconnaître que les innovateurs de rupture -les start-ups-, sont incomparablement plus efficaces que les acteurs institutionnels. Ce n’est pas l’Etat américain, ni même l’Université de Stanford qui a inventé les MOOCs, c’est une start-up fondée par un ancien professeur de Stanford. Et la plus grande plateforme de Moocs -et celle qui est probablement jugée la plus fonctionnelle- n’est celle de Harvard, mais bien de Coursera, une start-up indépendante de toute institution. Ce n’est pas le Ministère de l’Education américain qui a inventé la plus grande plateforme de vidéo éducative, visitée chaque mois par des dizaines de millions de collégiens, mais Salman Kahn, un ancien trader, qui s’est dédié corps et âme au développement de la Kahn academy et à l’amélioration des pratiques éducatives informatique.

Le MOOC aux États-Unis ? 

Il était temps que la France se lance. Les Etats-Unis ont déjà pris une longueur d’avance avec leurs plates-formes Coursera et EdX, créées respectivement par deux professeurs d’informatique de Stanford et par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et Harvard. Ces deux plates-formes ont investi 43 et 60 millions de dollars dans le développement des outils et des contenus. Aux Etats-Unis, 80 % des établissements proposent des cours en ligne, ils sont moins de 3 % en France. Aujourd’hui, plus de trois millions d’étudiants peuvent suivre les cours des plus prestigieuses universités : Stanford, Harvard, MIT…

Depuis quelques mois, une espèce de frénésie s’est emparée de l’enseignement supérieur français. Chaque jour ou presque, un nouveau MOOC est lancé. Avec l’objectif de démocratiser les savoirs. Et même si l’on ne connaît pas encore l’impact qu’auront ces cours d’un nouveau genre — pour l’instant, aucun ne délivre un diplôme, mais en est-ce la finalité ? —, il faut impérativement en être. Une dizaine d’établissements, des écoles — Centrale, Mines Télécom, Polytechnique, HEC, l’ENS Cachan, l’ENS Lyon —, mais aussi des universités — Bordeaux-III, Montpellier-II, Paris-X, ToulouseII, Paris-II Assas — développent des cours dans de nombreuses matières : histoire, mathématiques, santé, philosophie, droit…

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