Cellectis, le spécialiste français de l’ingénierie des génomes, voit dans l’attribution du Prix Nobel de médecine au professeur Shinya Yamanaka une validation de sa stratégie en matière de cellules souches, et un levier majeur pour la croissance de cette activité.
Cellectis collabore depuis 2010 avec le CIRA, le laboratoire du Pr. Shinya Yamanaka, notamment sur les cellules souches induites ou « iPS ».
Pour André Choulika, Président-directeur général de Cellectis, « la qualité des relations entre les équipes du CIRA et du Groupe Cellectis – fondées sur le respect mutuel de leurs compétences scientifiques d’une part, la reconnaissance de la forte complémentarité de leurs savoir-faire d’autre part – participent de la constitution d’une réelle alliance à même de concurrencer la présence américaine dans le domaine. »
Cellectis prévoit d’amplifier et approfondir cette collaboration, afin de consolider sa position de leader industriel, d’accroître son activité en demeurant à la pointe des technologies et de développer des approches communes dans le domaine de la médecine régénératrice
Nous avions reçu le Président de Cellectis dans le Business Club de France
Réécouter l’émission
En savoir plus
Une grande 1ère mondiale aujourd’hui au Business Club de France : une entreprise française a mis au point des ciseaux qui permettent de couper l’ADN à un endroit très précis, c’est révolutionnaire. André Choulika vous êtes docteur ès Sciences et vous avez fondé Cellectis en 1999, entreprise qui a mis au point les premières approches des méganucléases. De quoi s’agit-il ?
Cellectis designe, fabrique et vend des systèmes qui permettent de changer la séquence de l’ADN dans des cellules vivantes.
A quoi servent ces systèmes ?
Ils servent à comprendre comment un gène fonctionne, à observer comment l’organisme se comporte sans ce gène là ou bien comment il se comporte si on le remplace par un autre. Ce qui fait autant d’outils pour les chercheurs qui veulent comprendre comment fonctionnent les génomes.
Ces outils sont aussi des outils de production pour conduire à la production d’hormones.
Ils servent également à changer un gène dans une cellule pour qu’elle acquière de nouvelles caractéristiques : résistance à une drogue, à un herbicide, pour augmenter les rendements.
Et enfin, on peut aussi les utiliser pour enlever un bug dans le génome (un bug inné, comme une maladie génétique : la myopathie, etc. ; ou acquis, comme un cancer, ou une infection par un virus).
On va donc pouvoir changer un ADN pour soigner une maladie qui jusqu’ici pas de solutions ?
Oui, le but est d’apporter des solutions à des patients qui n’ont pas de traitement, d’enlever certaines mutations et de les remplacer par la bonne séquence. Nous travaillons avec l’association française contre les myopathies.
Pour commercialiser ce produit, notre filiale Cellectis Bioresearch a une activité commerciale en France et aux US. Nous avons des contrats avec des acteurs de l’industrie biochimique comme BASF, Bayer, Dupont. Dans le domaine thérapeutique, des développements anti herpétique, concernant l’hémophilie, et certaines déformations hémoglobine sont en cours. Ils seront au point peut-être d’ici 5 à 7 ans. Nous avons déposé environ 360 brevets au total.
Notre technologie est très complexe et bien entendu peu d’entreprises sont sur ce marché. Nous avons un concurrent aux Etats-Unis, près de San Francisco qui travaille sur le VIH.
Comment avez-vous eu l’idée de travailler sur ce type d’application – je rappelle que vous êtes docteur ès science ?
C’est à l’époque où je travaillais à l’Institut Pasteur, qu’avec d’autres professeurs, nous avons eu l’idée d’allier deux technologies : celle de couper un fragment d’ADN de façon sûre, et celle de remplacer un fragment par un autre.
Le concept business est venu de la constatation que toute l’industrie des biotechnologies utilise l’ADN pour pouvoir modifier des choses, fabriquer de nouvelles espèces, des produits et ce, de façon très rationnelle, ce qui n’existait pas jusqu’ici.
Votre chiffre d’affaires est d’un peu plus 15 millions d’euros en 2010, dont 80 % à l’international. Vous employez 120 personnes et votre société est cotée à Alternext. Parlons de votre actualité !
Nous avons conclu un partenariat avec l’Etablissement Français du Sang, pour la fabrication de globules rouges en fermenteurs. Ils sont actuellement recueillis uniquement par collecte de sang, puis transfusion. Et le monopole est détenu par L’Etablissemnt Français du Sang. Il y a 20 ans, on collectait des hormones issues d’humains, qu’on purifiait et qu’on réinjectait. Actuellement, il n’existe plus d’hormones qui ne sont pas issues d’ingéniérie génétique. Nous allons fabriquer du globule rouge de façon industrielle, le donneur universel par exemple, le O négatif. Le but est de compléter la collecte du sang, car on estime actuellement que 80 à 87 % de la demande mondiale n’est pas fournie.
Quelle est votre feuille de route ?
Outre la maison mère, nous avons quatre filiales, dont certaines sont installées aux Etats-Unis. Nous avons aussi fait l’acquisition de l’entreprise américaine Cyto Pulse. Nous voulons donc bâtir la société par croissance organique mais aussi par acquisition. Parce que la technologie qu’on développe s’applique à des tas de champs différents, elle peut générer une transformation des entreprises qu’on rachète. Nous avons l’ambition de devenir le leader européen dans notre domaine.
Il faut compter une bonne dizaine d’années avant que les impacts thérapeutiques de nos technologies soient au point, mais il s’agit sans aucun doute du futur de la médecine moléculaire. A l’avenir, lorsqu’un patient arrivera avec une mutation génétique, et sera en mesure de lui enlever. La correction du bug génétique est donc déjà entre les mains des hommes !

