La France conserve sa 1ère place européenne pour les implantations industrielles

La France conserve sa 1ère place européenne pour les implantations industrielles et résiste à la crise, mais se montre réticente à la mondialisation.

LES INVESTISSEURS INTERNATIONAUX CONFIANTS MAIS IMPATIENTS ENVERS LA FRANCE, ALORS QUE LES INVESTISSEMENTS ETRANGERS PROGRESSENT EN EUROPE MALGRE LA CRISE DE LA ZONE EURO.

L’absence de progression de l’attractivité de la France est incontestablement le résultat qui ressort de la 11ème édition du Baromètre Ernst & Young de l’attractivité du site France 2012, présentée à la World Investment Conference 2012 (20-22 juin 2012, à La Baule). La France passe de la 2ème à la 3ème place en matière d’implantations internationales en Europe. Elle est désormais devancée par l’Allemagne, derrière le Royaume-Uni, toujours en tête.

En 2011, le territoire français a attiré 540 nouveaux projets (562 en 2010, soit une baisse de 4%), quand son voisin allemand en a enregistré 597 (560 en 2010, soit une hausse de 7%, un nombre qui a doublé en 5 ans). En termes d’emplois, ces projets représentent pour la France 13 164 créations de postes (contre 14 922 en 2010, soit une baisse de 13%).

Si ce changement notable marque l’avantage concurrentiel pris par l’Allemagne, notamment auprès des investisseurs des BRIC (69 implantations outre-Rhin contre 23 en France en 2011), l’autre résultat surprenant – et encourageant – de ce Baromètre concerne l’industrie. A contre-courant d’une appréhension exagonale souvent fataliste, la France s’impose comme la 1ère destination européenne pour les implantations industrielles avec 170 unités de production annoncées par les investisseurs étrangers. Ces projets assurent à eux seuls 60% des emplois générés par les investissements internationaux au bénéfice de l’économie française. L’attractivité industrielle de la France est corroborée par une large majorité (68%) des 205 investisseurs interrogés, qui considèrent qu’une ré-industrialisation du pays est possible.

Au-delà de ces deux faits majeurs, le Baromètre Ernst & Young 2012 de l’attractivité permet de prendre la mesure du regard porté par les investisseurs internationaux sur le site France. Le titre du Baromètre cette année, « Objectif monde », résume l’enjeu : la France peut encore occuper l’un des premiers rôles dans ce nouvel acte de la mondialisation, si elle stabilise et adapte son cadre administratif, législatif et financier, aux besoins des entreprises ; offre aux PME un environnement qui leur permet de croître à l’international ; promeut l’esprit d’entreprise ; et comble son déficit d’image auprès des investisseurs des puissances émergentes.

Pour cette année, les investisseurs notent trois atouts qui permettraient de renforcer le rôle de la France dans l’économie mondiale : ses spécificités sectorielles fortes (aéronautique, biotechnologies, luxe) pour 42% d’entre eux ; sa capacité d’innovation pour 29% ; et une bonne accessibilité internationale pour 28%. En conséquence, elle bénéficie d’un niveau d’attractivité élevé et constant : 45% des investisseurs jugent cette attractivité « satisfaisante », et 25%, « très satisfaisante ».

Néanmoins, si la France veut conserver sa position en « première division mondiale », elle doit, selon les investisseurs, prendre acte de la mondialisation. Pour 43% d’entre eux, elle y est encore inadaptée, par rapport à ses concurrents. A leurs yeux, la France fait preuve de carences, déjà soulignées dans les éditions précédentes de ce Baromètre Ernst & Young, qui sont autant de signaux d’alerte. Aux trois premiers rangs des priorités des investisseurs, le site France doit réduire ses coûts (35% des réponses), améliorer ses compétences (21%), et se concentrer sur la recherche et l’innovation (18%).

« La France doit dessiner les contours d’une nouvelle trajectoire qui lui permettra de se différencier face à ses concurrents européens, de valoriser ses domaines d’excellence et de relever le double défi de l’équilibre et de l’ouverture. Il faut en effet qu’elle s’ouvre à l’esprit de réforme, aux espaces commerciaux, scientifiques, sectoriels de la conquête internationale. Et fasse preuve d’ouverture culturelle aussi, pour dépasser la tentation du repli », note Marc Lhermitte, Associé Ernst & Young en charge du Baromètre.

  

Malgré la crise de la zone euro, la part des investissements internationaux en Europe progresse :

Le nombre de projets d’investissement en Europe au cours de l’année écoulée (3 906) a dépassé celui d’avant la crise, comme le confirme le 10ème Baromètre Ernst & Young de l’attractivité de l’Europe, présenté lui-aussi à la World Investment Conference 2012 à La Baule. L’Europe de l’Ouest et l’Europe Centrale et de l’Est sont respectivement 2ème et 3ème après la Chine en termes d’attractivité des investissements internationaux.

« Le plus grand marché mondial, avec ses 500 millions de consommateurs dotés d’un fort pouvoir d’achat, reste, même face aux économies émergentes, une destination clé pour les investisseurs, rassurés par la relative stabilité et transparence de la région, ainsi que par ses formidables compétences scientifiques et technologiques », explique Marc Lhermitte.

Si le Royaume-Uni reste la première destination, et si la 2ème place de l’Allemagne reflète sa performance économique, les performances de l’Espagne qui se classe quatrième sont étonnantes : avec 273 projets, elle enregistre une hausse de 62% de son nombre d’implantations internationales en 2011 (un phénomène qui s’explique majoritairement par le vivier de main d’œuvre disponible qu’a laissé la crise, auquel s’ajoutent de nombreuses opportunités en matière d’immobilier d’entreprise, deux critères propices à emporter les choix des investisseurs). Parmi les pays d’Europe Centrale et de l’Est, seule la Pologne se maintient véritablement à son niveau précédent.

Les services aux entreprises et les logiciels sont les secteurs qui profitent le plus à l’Europe, représentant à eux deux 1 102 projets et plus de 16 000 nouveaux emplois. Les projets dans l’industrie automobile sont également en croissance : 270 contre 258 l’année d’avant ; ils ont permis de créer 37 790 emplois nouveaux.

Les investisseurs internationaux se disent confiants pour 80% d’entre eux sur la capacité de l’Europe à surmonter la crise économique actuelle et quant à son attractivité économique sur le moyen-terme. De façon générale, les 840 dirigeants d’entreprise interrogés sont 36% à croire que l’attractivité de l’Europe va s’améliorer – 51% si l’on ne prend en compte que les investisseurs américains, indiens, chinois et japonais qui semblent plus optimistes que les Européens eux-mêmes.

Pourtant, si les Etats-Unis sont les premiers à investir en Europe, 7 pays européens figurent parmi les 10 premiers investisseurs dans la région, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni puis la France. Le Japon et la Chine sont les deux autres pays de ce classement de tête.

Cependant, à cause de la fragilité de la zone euro, les dirigeants interrogés restent prudents. 26% d’entre eux seulement se disent prêts à investir dans la région au cours de l’année qui vient (ils étaient 33% l’an dernier, selon le Baromètre Ernst & Young de l’attractivité de l’Europe 2011). Plus d’un quart disent vouloir le faire sous forme d’acquisitions.

Note méthodologique :

Ces deux Baromètres s’articulent autour d’une double analyse.

D’une part, l’analyse des grandes évolutions des flux d’investissements étrangers en Europe et en France. La base de données Ernst & Young European Investment Monitor 2012, réalisée en partenariat avec le cabinet Oxford Intelligence, recense le nombre d’implantations de projets d’investisseurs étrangers sur chaque territoire, prenant en compte uniquement les annonces publiques et fermes d’investissements porteuses de créations d’emplois nouveaux. Pour les besoins de l’analyse, des sources complémentaires reconnues sont également utilisées : CNUCED, Eurostat, INSEE, Xerfi…

D’autre part, l’analyse de la perception et des attentes des grands décideurs internationaux à travers une enquête conduite par l’institut CSA qui interroge par téléphone les décideurs internationaux selon le système CATI (Computer Assisted Telephonic Interviews) : entre février et mars 2012, des dirigeants d’entreprises de tailles variées par leur chiffre d’affaires, occupant des postes divers dans 26 pays différents ont ainsi été interrogés dans 3 langues.

Pour la France, ce sont 205 dirigeants d’entreprises constituant un échantillon représentatif des investissements internationaux et offrant un reflet pertinent du tissu économique français et de ses grands secteurs d’activité qui ont été interrogés. Pour le Baromètre Europe, 840 décideurs internationaux ont été interrogés, qui se caractérisent par leur vision et leur expérience du marché européen et travaillent pour des entreprises dont 81% ont une activité en Europe.

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